Macron : échec et pat
Jouez-vous aux échecs ? Au jeu d’échecs, le pat est une position dans laquelle le camp ayant le trait et n’étant pas sous le coup d’un échec, ne peut plus jouer de coup légal. La partie est alors déclarée nulle quel que soit le matériel restant sur l’échiquier. Le pat met immédiatement fin à la partie.
La position d’Emmanuel Macron ressemble furieusement au pat mais il ne veut pas terminer la partie.
En décidant de mettre sa tête sur le billot parlementaire et en convoquant un vote de confiance, François Bayrou a en effet précipité les choses alors que le président essaye depuis juin 2024 d’étirer le temps. Il n’y a pas de majorité, et encore moins de majorité pour voter une potion amère permettant de rétablir les finances publiques alors que le pays est révolté contre l’injustice fiscale et sociale après trente années de rustine. Le 8 septembre, il est donc assez probable que le fusible de Matignon saute sous l’assaut de la Gauche et du RN réunis.
Oui mais voilà, pour la suite, le président est bloqué. Il a annoncé ne pas vouloir dissoudre, un geste destiné à fragiliser Bayrou en encourageant les députés à censurer sans risque. Macron a peur de dissoudre car une nouvelle catastrophe politique lui serait fatale.
Il lui reste l’arme du référendum, qu’il a vainement agité il y a quelques semaines comme un sabre de bois, sans trop savoir quelle question poser. Et pour cause : dans l’état du pays, toute question posée par Macron aura non comme réponse.
Car les Français veulent le voir partir. Le problème est que lui ne veut pas, et n’y est pas obligé par la constitution.
Bloqué.
Reste l’article 16, que le président pourrait invoquer si le 10 septembre débouchait sur une crise sociale majeure. Mais résoudre un problème de confiance et de légitimité par un sursaut d’autoritarisme illégitime, c’est comme faire tirer sur la foule quand on est Louis XVI au lendemain de Varenne.
Bloqué.
La situation est inextricable et explosive, car les options de remplacement à Matignon sont peu nombreuses pour gagner encore un peu de temps.
On parle de Lecornu, issu du camp présidentiel, mais ce serait – après Barnier puis Bayrou – revenir à un socle commun dont le centre de gravité est Renaissance, le parti que la France a voulu sanctionner en juin 2024.
On parle de Retailleau. François Bayrou n’a pas hélas décidé de « sauter seul ». En obligeant LR à voter la confiance à un gouvernement auquel il participe (soyons logiques), Bayrou a produit un petit effet « Waco », du nom de cette ferme où s’était retranchée une secte en 1993. Succéder dans ces conditions à Matignon serait possiblement suicidaire pour 2027.
On parle d’un gouvernement de gauche ou RN. Combien l’expérience durera-t-elle ? Et après ?
Bloqué.
Les idées les plus stupides commencent à circuler pour combler le vide politique. L’une d’elle serait de lancer un référendum sur la proportionnelle, suivi d’élections législatives pour la mettre en œuvre. « Un budget, deux élections, cela nous ferait six ou neuf mois de gagnés », dit l’un de ses promoteurs.
Ce n’est pas comme si dans le même temps, la mèche de la dette française n’était pas de plus en plus courte. Faute de fusible, c’est bien tout le tableau électrique qui risque de sauter.
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