Jonas Haddad : « Les citoyens sentent qu’il y a des calculs en haut mais que l’addition sera payée en bas »
Le porte-parole du parti de Bruno Retailleau redit le choix de la droite de voter la confiance au Premier ministre, une décision «cohérente» avec sa participation au gouvernement.
La corde est mince pour la droite. Alors que le parti de Bruno Retailleau assure ne pas vouloir participer à «l’instabilité» en refusant la confiance au Premier ministre le 8 septembre à l’Assemblée, LR n’entend pas davantage parrainer sans conditions son budget. Vice-président de la région Normandie et porte-parole de Les Républicains, Jonas Haddad défend un choix «cohérent» face à la menace d’une « crise économique majeure ».
Approuver le constat de François Bayrou sur un pays « au bord du surendettement » et lui accorder sa confiance sans bénir l’ensemble de son budget… La position de LR, entérinée par Retailleau, est touchy non ?
Quand c’est compliqué, il faut revenir à quelque chose de simple : soit on est dans le gouvernement et on vote la confiance, soit on ne vote pas la confiance et on n’est plus au gouvernement. Ce n’est pas le choix qu’on veut faire. Donc notre choix est cohérent. Si on démissionne, il n’y a plus de gouvernement. En responsabilité, il faut voter la confiance mais demander une autre version du budget.
Le « chaos » ou la « responsabilité », met en scène le Premier ministre, avant le vote du 8 septembre. Sa stratégie est-elle la bonne ?
Les citoyens sentent qu’il y a des calculs en haut mais que l’addition sera payée en bas. Si notre dette continue à exploser, on va engraisser les prêteurs étrangers. On va être obligé de couper dans certaines choses. Ce seront les plus précaires, les femmes isolées, les travailleurs pauvres, cette France des invisibles qui va le payer. Mais aussi les entrepreneurs, alors qu’on a déjà un record de faillites d’entreprise.
Accuser les oppositions d’avoir été « en vacances » pour justifier des consultations tardives, c’est gonflé ?
Vu l’état du pays, on aurait pu se permettre de réduire les congés des politiques. Le premier discours de François Bayrou a eu lieu le 15 juillet et l’annonce du vote de confiance le 25 août. Pendant plus d’un mois, on n’a pas pris la mesure de la gravité de la situation. Face au mur, on propose de voter, de dissoudre, de démettre le Premier ministre, de faire de grandes manifestations… Il fallait juste bosser.
Que défendra LR lors de son rendez-vous à Matignon lundi ?
D’abord de rompre avec le mensonge de dire qu’il faut travailler moins. On est le pays d’Europe qui travaille le moins en termes d’heures travaillées. Ensuite, aborder ce qui est encore parfois tabou, le coût de l’immigration. Si on demande des efforts à toute la population qui vit en France, il faut aussi demander des efforts aux immigrés, en réduisant un certain nombre d’aides qui leur sont accordées. Enfin, juguler la saignée entrepreneuriale. Il y a énormément de sociétés qui mettent la clé sous la porte parce qu’elles sont accablées de normes, d’impôts.
Si Bayrou tombe, la droite devra-t-elle participer au prochain gouvernement, à six mois des municipales ?
On verra comment sont accueillies nos propositions : une fin de non-recevoir ou une oreille attentive. Il y a une séquence importante, du 8 au 12 septembre. Le 8, avec le vote de confiance ; le 10, avec les manifestations ; et le 12, avec les agences de notation. Il peut y avoir une crise économique majeure, due à l’instabilité. Notre décision dépendra aussi de l’état du pays après cette séquence décisive.
Le RN, LFI mais aussi des figures de votre camp réclament la démission du président de la République. Est-ce une option pour clarifier la situation politique ?
Ça créerait un précédent regrettable. Quand on est gaulliste, le suffrage universel, ça a une valeur. Si on met le doigt dans la destitution, c’est fini. La clé de voûte de notre édifice institutionnel, c’est la présidence de la République.
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