Bruno Retailleau : « La France n’est pas condamnée au chaos »
Dans un contexte d’incertitude politique, sociale et financière, le ministre de l’Intérieur et président des Républicains veut incarner une droite responsable qui assume ses convictions et prépare son projet pour la présidentielle de 2027, dont il dévoile les grandes lignes pour Le Figaro Magazine.
Ses vacances sur l’île d’Yeu ont été courtes et entrecoupées de déplacements sur le terrain, notamment dans l’Aude, quand les incendies menaçaient les habitations, ou de réactions aux nombreux actes antisémites qui ont émaillé l’été. Sa rentrée ne s’annonce pas plus tranquille, avec la manifestation du 10 septembre contre les mesures budgétaires du premier ministre. Et, depuis lundi après-midi, la possibilité de voir le gouvernement auquel il appartient tomber dès le 8 septembre après le vote de confiance demandé par François Bayrou.
Bruno Retailleau voulait faire de cette rentrée le point de départ d’un chemin qui mènerait la droite vers un succès aux prochaines municipales de mars prochain puis une victoire à la présidentielle de 2027. Président des Républicains, il comptait sur ce trimestre pour mettre ses troupes en ordre de marche. Si François Bayrou a changé la donne, l’ambition reste la même. Comme le fait dire la journaliste Nathalie Schuck à un de ses interlocuteurs dans la biographie qu’elle consacre au ministre de l’Intérieur : « Bruno Retailleau, c’est trente ans d’ambition. »
La rentrée s’annonce à haut risque avec le vote de confiance à l’Assemblée au gouvernement Bayrou le 8 septembre et les menaces de grève, voire de blocages du pays, à partir du 10 septembre. Craignez-vous une convergence des luttes qui pourrait aboutir à des débordements ?
Je comprends l’exaspération des Français qui ne sont pas responsables de l’explosion de la dette : ce sont ceux qui, devant chaque problème, n’ont su répondre que par de nouvelles dépenses. Mais bloquer tout, c’est pire que tout. Parce que le pays doit avancer. S’il devait être bloqué, cela pourrait générer une grave crise financière. Il n’y a qu’à voir les taux auxquels l’État français s’endette : cet été, les taux ont été à plusieurs reprises supérieurs aux taux portugais, espagnols et même grecs. Nous sommes donc à la veille d’une crise si nous ne faisons pas les 44 milliards d’efforts nécessaires. Et les premières victimes seraient nos compatriotes les plus vulnérables. J’aurai dans les jours à venir plus d’informations sur ce qui se profile pour le 10 septembre. Le moment important sera la décision de la réunion de l’intersyndicale qui aura lieu le 29 août. J’en appelle à la responsabilité de chacun. La démocratie sociale, ce n’est pas la chienlit que veulent les Insoumis. Je ne suis pas sûr que la volonté de Jean-Luc Mélenchon de prendre la main sur le mouvement lui donne plus de force : je pense plutôt que cela effraiera de nombreux Français qui ne se retrouvent pas dans le projet délirant de LFI.
Avez-vous été surpris de l’annonce du premier ministre d’engager la responsabilité du gouvernement le 8 septembre ?
Oui, mais c’est un acte qui prend le pays à témoin et oblige chacun, dans la classe politique, à assumer ses responsabilités.
Pensez-vous que vous serez encore ministre le 8 septembre au soir ?
Je n’en sais rien, mais l’essentiel n’est pas là : le coût de la chute du gouvernement serait bien plus élevé que la facture de la dernière censure. Car le premier ministre a choisi d’engager sa responsabilité, non sur les mesures qu’il envisage, mais sur le constat d’une dépense devenue folle et le principe même de faire des économies : si ce constat d’évidence est nié par une majorité de parlementaires, si ce principe de responsabilité est balayé avant même que ne s’engagent les débats budgétaires, alors les marchés en tireront comme conséquence que la France ne veut pas redresser ses finances. La dette française risque donc d’être immédiatement attaquée. Le pire des scénarios est plus que jamais possible. Or si la droite est entrée au gouvernement, c’est précisément pour éviter le pire à la France. Les mêmes raisons doivent nous conduire à la même position : le pays avant tout. Il s’agit moins de faire un vote de confiance que de cohérence et de constance : si nous ne partageons pas toutes les mesures budgétaires défendues par François Bayrou, nous avons toujours alerté sur la bombe à retardement que constitue la dette. La droite doit faire barrage à ceux qui, chez LFI et au RN, s’apprêtent à allumer la mèche de l’explosion budgétaire.
Si le gouvernement Bayrou tombe, les LR et donc vous-même, devez-vous rester dans le prochain gouvernement ?
Nous n’en sommes pas là, et quoi qu’il arrive, le choix que la droite fera sera un choix collectif, avec pour seule boussole l’intérêt de la France.
Jean-François Copé vient de demander à Emmanuel Macron « d’anticiper sa démission ». Êtes-vous sur la même ligne que lui ?
Comme gaulliste, je mesure trop l’importance de la fonction présidentielle pour souhaiter une démission anticipée, qui créerait un dangereux précédent.
Comment jugez-vous le comportement de Jean-Luc Mélenchon et de son mouvement La France insoumise en cette rentrée ?
Jean-Luc Mélenchon est fidèle à ce qu’il est devenu : l’ingénieur en chef du chaos. Son objectif est de créer en France un climat insurrectionnel. Je l’ai connu républicain quand nous étions au Sénat. Depuis, il n’hésite plus à attiser les haines, à commencer par la haine antiflics. Je ne passerai rien à toutes celles et ceux, qui sont pourtant parlementaires, et qui écrivent sur les réseaux sociaux que « la police tue partout ! » Je refuse cette inversion des faits et des valeurs qui consiste à rendre les forces de l’ordre coupables d’une violence dont ils sont les victimes : c’est régulièrement que des policiers et des gendarmes sont blessés, alors qu’ils protègent les Français.
Les sondages montrent malgré tout que les Français sont largement mécontents du projet de budget présenté par François Bayrou. 70 % d’entre eux soutiennent même l’organisation des manifestations. Le gouvernement a-t-il perdu le soutien populaire ?
J’entends cette colère. C’est celle d’un peuple qui se sent floué. Pendant des décennies, on a dit aux gens : travaillez moins et vous vivrez mieux. Ce mensonge socialiste a plombé la France, puisqu’il a fallu fabriquer artificiellement du pouvoir d’achat avec de la dette, et a appauvri les Français : alors qu’il y a vingt-cinq ans, le niveau de vie entre Français et Allemands était identique, aujourd’hui un Allemand gagne 7 000 euros de plus par an qu’un Français. Le diagnostic du premier ministre est juste, mais le traitement doit l’être également : la France des honnêtes gens ne veut plus que les efforts reposent toujours sur les mêmes. Que les mêmes Nicolas doivent contribuer plus, mais sans recevoir plus. On ne peut pas toucher aux franchises médicales sans remettre en cause la gratuité totale des soins dont bénéficient les clandestins avec l’aide médicale d’État. On ne peut pas demander des efforts aux retraités sans rien exiger des nouveaux venus qui n’ont jamais cotisé : il faut un délai de carence pour les aides aux étrangers. On ne peut pas dire aux Français qu’il y aura une année blanche pour ceux qui travaillent ou ont travaillé toute leur vie, et ne pas limiter les revenus de l’assistance pour ceux qui ne travaillent pas. Des solutions existent, et elles passent essentiellement par plus de justice. La France n’est pas condamnée au chaos.
À propos de justice, la proposition du premier ministre de supprimer deux jours de congé est rejetée par une écrasante majorité de Français.
Travailler plus pour gagner rien, ce n’est pas acceptable. Je suis contre cette suppression qui alimenterait la colère. Pour renouer avec la prospérité collective et individuelle, je propose qu’on sorte vraiment des 35 heures et qu’on crée ce que j’appelle le seuil « zéro cotisation ». Concrètement, nous devons augmenter le temps de travail annuel de 16 heures – rémunérées, bien sûr – et supprimer, au-delà de ce seuil, les cotisations sociales, patronales et salariales. C’est du « gagnant-gagnant », pour le pouvoir d’achat des salariés et la compétitivité des entreprises. Par ailleurs, une aide n’est pas un dû. Je propose de créer un compte social unique, sur le modèle du compte fiscal. Il est incroyable que l’État connaisse exactement la situation de chaque contribuable, et non celle des allocataires. Ce compte rassemblerait l’ensemble des aides sociales et permettrait de les plafonner à 70 % du smic, soit 1 000 euros par mois, afin qu’il existe un véritable écart entre les revenus du travail et ceux de l’assistance.
Le seuil « zéro cotisation » ressemble à la mesure de Nicolas Sarkozy en 2007 sur l’exonération des heures supplémentaires. Quelle est la différence ?
Cette mesure était une mesure de défiscalisation. Moi, je veux donner plus au salarié sans pour autant créer une charge pour l’entreprise. Les heures supplémentaires coûteront moins cher puisqu’elles seront déchargées des cotisations patronales. Si on veut rétablir les comptes publics en France, il faut agir sur deux leviers: celui du frein et celui de l’accélérateur. Le levier du frein, ce sont les économies. Nous proposerons l’équivalent des 4,2 milliards des jours fériés supprimés. Le levier de l’accélérateur, c’est la productivité multipliée par le travail. En France, on ne travaille pas assez et on pense plus à redistribuer qu’à créer de la richesse. Or, pour créer de la richesse, il faut travailler. Ce que je propose, c’est un mécanisme qui permet d’augmenter la quantité de travail et la rémunération des travailleurs.
Est-ce qu’on peut s’en sortir sans augmenter les impôts ?
Oui, bien sûr. L’impôt n’est pas la solution, il est le problème : plus l’État prélève, plus il décourage l’activité ; et plus l’activité est découragée, plus la France et les Français s’appauvrissent… ce qui oblige à toujours plus de dépenses et donc toujours plus d’impôts. C’est cette spirale sans fin du déclassement qu’il faut briser. Par la relance de l’activité qui passe par une grande politique de liberté : moins de charges, moins de normes, et plus d’innovations. Par la réforme de l’État, aussi : il doit se serrer la ceinture avant de faire les poches du contribuable. Il faut être plus ambitieux sur le non-remplacement des fonctionnaires partant à la retraite, dans les fonctions support. Pourquoi attendre 2027 et ne pas commencer dès 2026 ? D’autant plus que le pic de la pyramide démographique sera atteint à la fin de l’année avec quelque 144 000 fonctionnaires qui vont atteindre l’âge de 62 ans. Ensuite, je pense qu’il faut réserver le statut de la fonction publique aux fonctions régaliennes. Tout le reste doit passer en statut contractuel. Enfin, il y a la prolifération des agences et des opérateurs, qui échappent à tout contrôle. Là aussi, je pense qu’on peut être encore beaucoup plus ambitieux, pour tailler franchement dans le maquis.
Finalement, est-ce que l’erreur d’Emmanuel Macron n’est pas d’avoir voulu prendre des mesures incitatives mais sans appuyer sur le frein social en même temps ?
L’État-providence s’est dilaté à mesure que l’État régalien se rétractait. Or, la mission essentielle de l’État, c’est de garantir la première de toutes les libertés, la sécurité. Notre système social doit être repensé car il est en train de s’effondrer et génère beaucoup d’injustice. Prenez la santé : selon que vous avez des relations ou pas, vous obtiendrez très rapidement un rendez-vous avec un bon spécialiste. Si vous n’en avez pas, ce sera des mois d’attente, parfois plus d’une année et vous obérerez vos chances de survie. Nous sommes un des pays d’Europe où le reste à charge est le plus faible. On ne peut plus faire le « tout gratuit », il faut augmenter la franchise, c’est absolument nécessaire. C’est une question de responsabilité. Sur les retraites, je proposerai prochainement un système concret qui permettra d’ajouter un étage de capitalisation et de créer un fonds souverain. Enfin, je pense qu’il faut aussi traiter la question de la dépendance par un système d’assurance obligatoire et solidaire. Et sur le chômage, il faut appliquer le fameux décret Attal qui modifiait les conditions de versement des allocations chômage.
Sa suspension faisait partie de l’accord entre François Bayrou et les socialistes pour lui éviter la censure.
Il faudra le reprendre, pour rapprocher les conditions d’éligibilité et d’indemnisation de la moyenne européenne. Les indemnités chômage sont une assurance contre les accidents de la vie, pas un droit sur lequel on peut tirer pour ne pas travailler.
Comment qualifiez-vous votre bilan en matière de lutte contre l’insécurité et contre l’immigration ?
Quand je suis arrivé à Beauvau, je mesurais la somme d’obstacles politiques et juridiques qui se dressait devant moi. J’ai choisi de les affronter, d’activer tous les leviers de fermeté que j’avais à ma disposition. J’ai d’abord renversé les cadres qui avaient été établis depuis des décennies. J’ai abrogé la circulaire Valls, j’ai remis au cœur du processus de naturalisation la notion d’assimilation dont même la droite n’osait plus parler. J’ai impulsé et fait voter la loi contre le narcotrafic, qui doit permettre à l’État de lutter à armes égales avec les narcotrafiquants. J’ai mis sur le devant de la scène la question de l’islamisme et du frérisme, avec la publication du fameux rapport : il faudra un projet de loi sur cet enjeu vital. Les résultats sont là, malgré les obstacles. Les régularisations et les naturalisations ont baissé respectivement de 30 % et de 17 %, les mesures d’éloignement ont augmenté de 16%. Certes, tout cela ne suffit pas. Mais je n’ai pas voulu uniquement obtenir des résultats pour aujourd’hui. J’ai voulu aussi préparer les ruptures de demain. J’ai assumé de dire que l’immigration n’était pas une chance, que le voile islamique n’était pas une liberté, que la France devait se faire respecter de l’Algérie. Ma méthode, c’est le parler vrai. Je pense que la crise démocratique est aussi une crise de la parole publique qui, à force d’euphémiser et de minimiser, désespère les Français. Mais je me suis heurté à d’énormes contraintes, à ce que j’appelle « l’impossibilisme ». Ce sont ces verrous qu’il faudra faire sauter.
On a pu voir une de ces contraintes à l’œuvre cet été avec la décision du Conseil constitutionnel, censurant la prolongation du maintien en rétention pour les étrangers dangereux. Vous aviez évoqué la possibilité d’un référendum, où en est votre réflexion à ce sujet ?
Cet été, nous avons passé un cran dans l’impossibilisme : le Conseil constitutionnel a choisi d’interdire ce que même le droit européen autorise. Je rappelle que 14 pays européens ont porté la durée de rétention jusqu’à dix-huit mois. Et dans le prochain règlement Retour, en cours de négociation, ce sera vingt-quatre mois, sans même qu’il y ait le critère de dangerosité des étrangers. En France, nous proposions 210 jours, soit sept mois ! Et le Conseil constitutionnel s’y est opposé. Pire, sa décision a supprimé le régime qui existait pour les terroristes. On se retrouve aujourd’hui dans une situation où la possibilité de retenir dans des centres de rétention administrative les terroristes pendant deux cent dix jours a été annulée. Comment protège-t-on la société française ? Il y a une exaltation des droits individuels au mépris des exigences communes de sécurité et de souveraineté. L’essayiste Francis Fukuyama a parlé il y a peu de temps de « vétocratie ». Nous sommes parvenus à un moment où certains se prévalent de l’État de droit pour que rien ne change. Parce que pour eux, l’État de droit n’est plus un cadre juridique mais un cadre idéologique, une manière d’imposer des choix minoritaires contre les aspirations majoritaires du peuple. Moi, je suis pour la démocratie libérale. Mais dans ce terme de démocratie libérale, quel est le mot qui doit prendre l’ascendant sur l’autre ? Ni l’un ni l’autre. L’État de droit a été inventé par les libéraux pour faire en sorte que l’exécutif ne devienne pas arbitraire, pour créer des mécanismes qui le contiennent. Mais la source de l’État de droit doit rester la souveraineté populaire. Il faudra modifier la Constitution, pour élargir le champ de l’article 11 et faire en sorte que sur ces questions migratoires, on puisse en appeler au peuple ; et entreprendre aussi une réflexion sur le contrôle de la constitutionnalité en France. C’est ce que j’ai décidé de faire dans le cadre des Républicains, avec d’éminents juristes.
Boualem Sansal va bientôt atteindre les trois cents jours passés en prison en Algérie. Ni la diplomatie, ni la fermeté ne semblent marcher. Que faut-il faire pour faire plier le régime et faire libérer l’écrivain franco-algérien ?
Boualem est toujours emprisonné, la diplomatie des bons sentiments a échoué. Je me félicite qu’au plus haut niveau de l’État, ma ligne de fermeté ait été adoptée. Avec le régime algérien, il est temps de tourner la page des prudences et des repentances qui n’ont abouti à rien, sinon à fragiliser la crédibilité de la France et la sécurité des Français. Il faut maintenant agir. Agir contre la nomenklatura, et notamment ceux qui sont à l’origine d’une véritable politique antifrançaise. J’ai transmis une douzaine de mesures au premier ministre, notamment sur les visas, la circulation sur le territoire, le patrimoine… Je suis favorable à la dénonciation de l’accord de 1968 qui crée une immigration qui n’est plus dans notre intérêt, en privilégiant une immigration de peuplement plutôt qu’une immigration de travail. Quand Michel Rocard a créé le RSA, il a sagement mis un délai de carence de cinq ans avant qu’un immigré puisse y avoir droit. Grâce à l’accord de 1968, les Algériens échappent à cette règle. Ces privilèges n’ont plus lieu d’être.
Trouvez-vous justifiés les reproches des États-Unis à Emmanuel Macron, sur le fait qu’il ferait le jeu de l’antisémitisme en reconnaissant l’État palestinien ?
Comme Français, comme patriote, j’ai été heurté par la lettre de l’ambassadeur des États-Unis. Même entre alliés, la franchise n’autorise pas l’ingérence. Chacun connaît mes engagements pour nos compatriotes juifs et contre ce nouvel antisémitisme avec lequel pactise l’extrême gauche. Cet été, on s’est attaqué à des enfants en leur refusant l’accès à un parc de loisirs, parce qu’ils étaient israéliens. J’ai immédiatement demandé au préfet de se rapprocher du procureur de la République, et le gérant de ce parc a été mis en examen. Mais quelle sera la prochaine étape ? Des panneaux « interdit aux juifs » sur les vitrines des magasins ? Nous n’en sommes plus très loin. À Paris, une affiche placardée dans une librairie affirme : « Je refuse d’acheter dans cette librairie les produits génocidaires. Boycott Israël » ! Le code couleur n’a pas été choisi au hasard : écriture noire sur fond jaune. Tout cela fait froid dans le dos. Le combat contre l’antisémitisme doit être une priorité nationale.
Vous, président de la République, auriez-vous lancé le processus de reconnaissance de l’État palestinien ?
Je suis favorable à la solution des deux États, mais pas à l’instauration d’un État islamiste voulant l’éradication d’Israël, comme le prône le Hamas. Or, les conditions qui avaient été posées par le président de la République lui-même, sur la libération des otages et le désarmement du Hamas notamment, ne sont pas remplies aujourd’hui. Il ne s’agit évidemment pas de soutenir la politique de Benyamin Netanyahou à Gaza.
Vous avez été élu président des Républicains le 17 mai dernier. Votre rentrée politique à Port-Marly se fera sur le thème du retour de la droite. Comment la droite peut-elle gagner en 2027 ?
D’abord, en assumant toutes ses convictions. La droite peureuse, c’est fini : les Français veulent une droite courageuse. Une droite qui ne soit pas une gauche un peu moins à gauche, qui assume de rompre avec l’héritage de Mai 68 qui a engendré la fabrique des barbares. Ensuite, nous devons porter pour la France une politique de bon sens. Celle qu’attendent les Français. Quand j’évoque la majorité nationale ou la France des honnêtes gens, c’est de cela que je parle de ce pays qui voudrait simplement qu’on remette les choses à l’endroit. Que les délinquants soient emprisonnés, pas excusés. Que les lois votées soient appliquées, pas censurées par des magistrats. Que le travail paie plus que le fait de ne pas travailler. Que l’école tire vers le haut, par la transmission, et non vers le bas, avec l’égalitarisme. Mais ce n’est pas en étant dans le cartel du déni, comme l’est Madame Le Pen, que nous poserons des ruptures. Ce n’est pas le Rassemblement national qui a mobilisé nos partenaires européens pour modifier la directive Retour. Ce n’est pas non plus le RN qui a fait voter la contrepartie de quinze heures pour le RSA. Au contraire, ses députés ont voté contre. On ne peut pas implorer, comme le fait Jordan Bardella, les mânes du général de Gaulle en ayant un programme économique proche de celui de Jean-Luc Mélenchon.
Vous associez le RN à LFI dans le cartel du déni. Y a-t-il un changement de cap par rapport au discours que vous aviez, qui donnait le sentiment qu’il y avait un adversaire, LFI, et un concurrent, le RN, mais que les deux n’avaient pas le même degré d’irresponsabilité ?
Le programme économique du RN est un programme de gauche. Ce sont des sociaux-étatistes, et on ne relèvera pas la France sans une rupture très nette avec le social-étatisme. Mais je ne me trompe pas : nos premiers adversaires, ce sont les Insoumis, qui veulent détruire nos institutions et déconstruire notre civilisation. Ils constituent la pire menace politique aujourd’hui.
Gabriel Attal veut proposer une « GPA éthique » dans le projet politique de son parti Renaissance. Qu’en pensez-vous ?
La GPA éthique, c’est comme la drogue récréative. C’est une tromperie sémantique. On fait mentir les mots pour justifier l’injustifiable : en l’occurrence, que des hommes riches puissent louer le ventre de femmes pauvres. Il n’est pas éthique de demander à une femme d’abandonner son enfant en contrepartie d’une rémunération, quand on sait les liens intimes qui se tissent au moment de la grossesse. On ne peut pas continuer dans cette course effrénée à la marchandisation du monde et là, désormais, à la marchandisation de nos existences. Même en cas de don, ce qui est extrêmement rare, on ne peut pas parler de démarche éthique. Car on ne peut donner que ce que l’on possède, et on ne possède pas son enfant.
Vous avez évoqué les thèmes qui peuvent faire gagner la droite en 2027. Il y a un autre élément important, c’est : qui peut faire gagner la droite ?
Celui ou celle qui sera le mieux en situation.
Qu’est-ce qui pourrait faire que ce ne soit pas vous ?
J’ai toujours indiqué que la présidentielle n’était pas mon obsession. Pour autant, je veux faire gagner nos convictions dans cette élection qui va déterminer l’avenir de la France. Mais pourquoi est-ce qu’aujourd’hui je n’ai pas de réponse définitive ? Tout simplement parce que dans cette situation aussi instable, on ne sait pas de quoi sera fait l’avenir. Les hommes et les femmes politiques prétendent créer l’événement en oubliant souvent que ce sont les événements qui les font, en les plaçant en situation d’agir ou de subir. J’ai choisi d’agir. Si je dois prendre mes responsabilités, je les prendrai. Mais dans tous les cas, nous ne pourrons pas gagner la présidentielle si nous ne travaillons pas pour produire des idées nouvelles et permettre les ruptures que j’évoquais.
Comment éviter que LR soit associé au bilan d’Emmanuel Macron en 2027, à partir du moment où LR est au gouvernement ?
Ce risque ne s’est pas concrétisé. La preuve, nous avons gagné de nombreuses élections partielles, municipales, législatives. Et j’ai été élu à 74 % par les militants LR, en étant au gouvernement, sans renoncer à ma liberté. Les électeurs de droite veulent une droite utile, mais pas docile. C’est ce que j’ai voulu incarner. Je ne compte plus les points sur lesquels j’ai exprimé ma différence, pas seulement sur l’Algérie, mais aussi sur la Corse, sur le « en même temps »… Tant que je serai utile, je continuerai à faire mon devoir.
Dans une biographie qui vous est consacrée, la journaliste Nathalie Schuck parle de vous comme du « cardinal ». Vous retrouvez-vous dans cette image, qui renvoie à celle d’un homme strict, voire austère ?
Ceux qui me connaissent savent qui je suis. On ne peut pas présider un groupe parlementaire pendant plus de dix ans, diriger des grands exécutifs régionaux et départementaux sans mettre du cœur dans les relations humaines. En revanche, pour beaucoup désormais, la politique est devenue un jeu. Moi, je ne joue pas. C’est vrai, je suis habité par un sentiment de gravité. Parce que nous traversons un moment crucial de l’histoire de France. Et parce que la politique engage tout l’être humain. Le général de Gaulle disait : « La politique […], c’est une action pour un idéal à travers des réalités. » C’est à cette hauteur-là que je m’efforce de placer mon action.
Mais quel sentiment cela vous fait d’être caricaturé en conservateur provincial ?
Les caricatures ne m’ont jamais impressionné. Conservateur ? Je pense qu’au nom du progressisme, bien des acquis ont été sacrifiés et que dans une société de plus en plus liquide, les individus ont besoin de se raccrocher à des forces solides : des repères, une identité, une souveraineté. Ce sont souvent nos compatriotes les plus modestes, dont les ressources matérielles sont faibles, qui tiennent le plus à leur patrimoine immatériel, à leur mode de vie, à leurs coutumes. Provincial ? Derrière ce mot, il y a ce mépris de l’entre-soi pour ces millions de Français qui sont enracinés. Pour moi, le lieu, c’est le lien et je crois qu’une certaine élite hors sol a fait beaucoup de mal à la France. Au fond, mon projet, c’est que la France puisse donner le meilleur de son identité et prendre le meilleur de la modernité.
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